
Nouvelle mission pour la médecine du travail : prévenir plutôt que guérir. (24/03/2010)
Dans le jargon médical, les TMS, pour troubles musculo-squelettiques, sont référencés de longue date. Sous cette appellation quelque peu obscure pour le commun des mortels se cachent en réalité toutes les douleurs physiques liées au travail. En augmentation constante depuis dix ans, le ministère du travail s'intéresse à ces maladies depuis 2005 mais les médecins du travail de la Sambre s'en préoccupent déjà depuis longtemps.
Bernard Klodzinski, médecin du travail au centre de Louvroil depuis 1981, dresse un constat alarmant sur la santé au travail. D'après ses calculs, « 25 % des salariés souffrent du mal de dos ». Et d'ajouter : « Il ne faut pas croire que ce sont uniquement des employés du BTP ou des usines. » En effet, le travail de bureau n'est pas en reste, côté maladies professionnelles. « Le problème c'est que tous les gestes répétitifs peuvent induire des douleurs donc une caissière souffre autant qu'une secrétaire ou qu'un maçon », précise-t-il. Même si l'effort n'est pas aussi intense, le seul fait de répéter un geste peut induire une douleur. « Par exemple, une caissière qui effectue des mouvements de rotation en passant les produits devant un scanner, peut avoir d'importantes douleurs », affirme-t-il en mimant les gestes.
À l'aide de ces données statistiques référencées sur son tableau graphique, Bernard Klodzinski constate que les chiffres sont en évolution constante (lire ci-dessous). La raison de cette hausse des maladies professionnelles ? Pour Bernard Klodzinski la responsabilité incombe au rythme de travail imposé aux salariés : « On leur demande de faire toujours plus et le stress ajouté aux mauvaises postures entraîne ces maladies parfois irréversibles. » Et le problème c'est que ces TMS sont largement sous-estimés car les salariés n'ont pas le réflexe de consulter la médecine du travail en cas de douleur.
La fonction de médecin du travail est dénigrée. Et Bernard Klodzinski de préciser : « Les employés pensent trop souvent, à tort, que la médecine du travail sert en cas d'embauche et de contrôle mais notre rôle est beaucoup trop sous-estimé ». Le directeur de la médecine du travail de Louvroil, Jean-Luc Bonnechère, va plus loin : « Ce qu'il faut c'est repenser le rapport à la médecine, les médecins du travail doivent intervenir en amont dans les entreprises mais pour cela il faudrait que l'on soit plus nombreux. » L'intervention des médecins du travail en entreprise n'est pas assez fréquente, faute de moyens, d'après les dires du directeur. La profession de médecin du travail a toujours été le parent pauvre de la médecine mais heureusement les mentalités évoluent.
Le ministère du travail a décidé de prendre en compte, depuis 2005, ces maux liées au travail à travers deux « plans santé au travail » (lire ci-dessous), le deuxième devrait être adopté prochainement. Les médecins du travail maubeugeois deviendraient ainsi les pivots du système de santé accompagnés d'infirmières, de psychologues, d'ergonomes dans le but d'améliorer la vie professionnelle des salariés. « C'est une petite révolution qui est en marche », s'amuse Bernard Glodzinszi. « On va prévenir le mal plutôt que de le guérir. »
Source : http://www.lavoixdunord.fr/

Extrait de
Lettre d'information du réseau santé et sécurité au travail - N° 94
(24/03/2010)
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